Ces fleurs familières cachent peut-être un trésor botanique en voie de disparition
On les aperçoit partout au printemps — au bord des chemins, dans les pelouses encore engourdies par l'hiver, au fond des jardins endormis. Avec leurs trompettes jaunes éclatantes, les jonquilles annoncent le retour de la chaleur. Mais au Royaume-Uni, certaines de ces touffes apparemment banales pourraient abriter quelque chose de bien plus précieux : une jonquille rose vieille de plus d'un siècle, au bord de l'extinction.
La Royal Horticultural Society, principale association horticole britannique, lance un appel urgent auprès des jardiniers du pays. L'initiative s'appelle Daffodil Diaries, et son objectif est aussi simple qu'ambitieux : recenser les variétés de jonquilles encore présentes dans les jardins ordinaires, tout en évaluant leur résistance face au changement climatique.
Une chasse aux jonquilles roses centenaires dans tout le pays
La démarche est concrète et accessible à tous. La RHS demande aux habitants de photographier leurs jonquilles et d'envoyer ces clichés accompagnés de quelques informations de base : couleur, type, hauteur de la plante, et lieu de floraison.
L'association l'explique clairement : « Avec des centaines de variétés différentes censées exister au Royaume-Uni, nous vous appelons à enregistrer où les jonquilles fleurissent dans votre région. » Ces données serviront ensuite aux scientifiques de la RHS pour mieux comprendre les influences environnementales sur ces fleurs, les préférences des jardiniers et les modes de propagation des variétés.
Mais l'appel va plus loin qu'un simple recensement. La RHS insiste sur l'urgence patrimoniale de l'opération : « Localiser ces jonquilles nous aidera à soutenir leur survie, à mieux comprendre notre héritage horticole, et même à préserver du matériel génétique précieux pour la reproduction future, face à un climat en mutation. »
Trois variétés anciennes au bord du gouffre
Au cœur de cette mobilisation se trouve une fleur d'exception : Narcissus 'Mrs R.O. Backhouse', une jonquille rose créée il y a plus d'un siècle, aujourd'hui quasiment introuvable. Lors d'une édition précédente de Daffodil Diaries, environ 3 000 participants avaient transmis leurs observations — et à peine 6 % des variétés identifiées présentaient des teintes roses.
Deux autres variétés historiques sont également dans le collimateur de la RHS :
- 'Mrs William Copeland' — une jonquille double d'un blanc dense et généreux, très appréciée autrefois dans les jardins anglais.
- 'Sussex Bonfire' — une variété aux tons jaunes et orangés, qui n'a plus été observée dans un jardin ordinaire depuis 1998.
Ces trois fleurs incarnent un patrimoine horticole fragile, transmis de génération en génération, et aujourd'hui menacé d'effacement définitif.
Climat changeant, floraison précoce et diversité menacée
Pour le Dr Kálmán Könyves, ces plantes dépassent largement le simple rôle ornemental. « Les jonquilles sont devenues le symbole de l'arrivée du printemps, célébrées pour leur éclat de couleur bienvenu dans les jardins, les parcs et le long des routes. »
Le réchauffement climatique bouleverse progressivement ce calendrier naturel, avançant la période de floraison aussi bien au Royaume-Uni qu'en France. Pourtant, peu de gens imaginent l'étendue réelle de cette famille botanique : 31 000 variétés connues, déclinées en vert, rose, rouge, jaune et bien d'autres nuances.
Comme le souligne la RHS : « Comprendre où ces variétés peuvent être trouvées nous aidera à préserver cette diversité pour l'avenir. » Un objectif qui commence, tout simplement, par regarder de plus près les touffes qui fleurissent au fond de votre propre jardin.













