Une méthode de propagation gratuite et redoutablement efficace
Dès que le printemps pointe le bout de son nez, mon jardin de banlieue se transforme en véritable pépinière à ciel ouvert. Pas parce que je vends des plantes — je n'ai jamais franchi ce cap — mais parce que la division de vivaces me fournit un stock impressionnant de nouveaux plants chaque année.
Entre début et mi-printemps, pendant que j'attends impatiemment la germination de mes semis, la quasi-totalité de mes nouvelles plantes provient de divisions. C'est simple, c'est gratuit, et c'est terriblement satisfaisant.
Le seul véritable inconvénient de cette méthode ? Il faut déjà posséder la plante que l'on souhaite diviser. C'est tout. Sinon, les avantages sont nombreux.
Pourquoi diviser ses vivaces plutôt que de les semer ou bouturer ?
- C'est entièrement gratuit. Pas besoin d'acheter du terreau supplémentaire comme pour les boutures, ni de matériel spécifique comme des godets, des plaques de semis ou des lampes de croissance. Une pelle, un sécateur et une demi-heure suffisent amplement.
- C'est la méthode de multiplication la plus simple qui soit. On déterre la plante, on la coupe en plusieurs morceaux, on replante ces morceaux. Un point c'est tout.
- La division produit une plante génétiquement identique à la plante mère — ce que la multiplication par graines ne garantit pas toujours.
- Pas d'attente interminable. Contrairement aux semis que l'on surveille anxieusement pendant des semaines, les divisions redémarrent bien plus vite et atteignent leur maturité en un temps record.
- La division redonne vie aux touffes épuisées. C'est souvent la meilleure façon de rajeunir une plante âgée et fatiguée qui ne fleurit plus comme avant.
Voici maintenant une liste de vivaces populaires qu'on peut — et même qu'on devrait — diviser au printemps.
1. Les iris barbus
Commençons par les iris, car c'est maintenant ou jamais pour les diviser. Leurs feuilles en éventail commencent tout juste à pointer hors des rhizomes, mais elles poussent à une vitesse étonnante dès que les journées s'allongent.
Si on veut profiter d'une belle floraison cette année, il faut agir rapidement et donner un peu d'air aux rhizomes. Des touffes trop serrées produisent moins de fleurs — la division est le meilleur remède à ce problème.
On déterrerait tout l'ensemble — ou simplement la partie la plus dense — puis on inspecte les rhizomes. Ceux qui sont ridés, mous ou portent des traces de perceurs d'iris peuvent être éliminés sans regret.
Pour les touffes saines, on tire doucement pour voir où elles se séparent naturellement. C'est là qu'on coupe, ou qu'on se contente de les écarter à la main. Au moment de repiquer les divisions, on veille à les replanter exactement à la même profondeur qu'auparavant.
2. Les bulbes de crocus safran (Crocus sativus)
Soyons clairs : en règle générale, on ne divise pas les bulbes au printemps. Les bulbes de printemps — jonquilles, tulipes, jacinthes, crocus — sont à peine en train de fleurir. Quant aux bulbes d'été, il fait encore trop frais pour les mettre en terre dans la plupart des zones climatiques.
Alors quels bulbes peut-on diviser maintenant ? Les bulbes d'automne, tout naturellement.
Deux bulbes populaires fleurissent en automne : les colchiques (souvent appelés crocus d'automne, bien qu'ils n'appartiennent pas à la même famille) et les crocus safran. Ce dernier mérite une attention particulière : il produit cette épice rare qui vaut — au gramme près — plus que l'or.
Le crocus safran fleurit en octobre et novembre, produisant ces précieux filaments rouges que l'on récolte à la main. Au printemps, son feuillage commence à dépérir après avoir stocké de l'énergie tout au long de l'hiver. C'est le moment idéal pour diviser les bulbes avant qu'ils ne disparaissent complètement sous terre pendant six mois.
En partant d'une dizaine de bulbes de crocus safran, il est tout à fait possible d'en obtenir plus de cinquante en bonne santé après seulement trois ans. Ces bulbes se naturalisent très bien — la division sert ici non pas à résoudre un problème, mais simplement à les étendre dans d'autres zones du jardin.
3. L'hélénie (Helenium autumnale)
Comme son nom latin le laisse deviner, l'hélénie est une fleur qui s'épanouit en automne. Elle atteint son apogée fin août et début septembre, mais peut commencer à fleurir dès fin juin et tenir jusqu'aux premières gelées. Le printemps est donc la fenêtre idéale pour diviser ces vivaces herbacées particulièrement persistantes.
On creuse tout autour du périmètre de la touffe, puis on fait levier avec la pelle pour soulever l'ensemble du système racinaire. Selon la maturité de la plante principale, on peut la couper en deux, trois ou quatre parties. En cas de doute, on se contente de la diviser en deux. On replante ensuite les divisions à l'endroit choisi en arrosant régulièrement.
4. L'échinacée (Echinacea)
Tout comme l'hélénie et la rudbeckie, l'échinacée est une floraison de plein été. Elle commence certes à fleurir un peu plus tôt, mais c'est en juillet et août qu'elle donne le meilleur d'elle-même. Le printemps est donc le moment parfait pour multiplier les touffes.
Le traitement est identique à celui de l'hélénie : on déterre, on coupe les racines en plusieurs sections, puis on replante dans le nouvel emplacement. L'avantage de diviser des plantes à floraison tardive au printemps est qu'on obtiendra quand même des fleurs dans l'année.
5. La rudbeckie (Rudbeckia)
Si votre rudbeckie pointe timidement hors du sol ce printemps, c'est qu'elle est assez robuste pour être divisée. La méthode reste la même : on soulève la touffe, on la sépare, on replante. L'essentiel est de bien arroser toutes les divisions pour les aider à reprendre plus vite.
La rudbeckie est une vivace particulièrement durable — une seule plante achetée peut se multiplier indéfiniment par division, sans jamais avoir à repasser par la case jardinerie.
6. Les cannas
Il est difficile d'imaginer que le feuillage luxuriant et les fleurs exotiques des cannas naissent de structures aussi modestes que leurs rhizomes. Et pourtant, c'est bien le cas.
Les cannas mettent quelques années à bien s'installer, et même à l'étroit, ils gardent fière allure. Mais si on veut en avoir davantage dans d'autres coins du jardin, le meilleur moment pour séparer les rejets de la plante mère est au printemps, avant que les nouvelles pousses ne reprennent.
On déterre l'ensemble délicatement pour ne pas abîmer les rhizomes. On identifie ensuite les jeunes pousses qui ont poussé autour du rhizome principal et on tire légèrement dessus. Si elles se détachent facilement, elles sont prêtes à être replantées seules — à proximité ou dans un tout autre recoin du jardin.
7. Les hostas
Les hostas figurent parmi les plantes ornementales les plus appréciées des jardiniers, au même titre que les hortensias et la lavande. Mais une touffe bien installée a tendance à se resserrer avec le temps. Le signe le plus révélateur ? Les feuilles deviennent de plus en plus petites même sur des plantes matures.
Puisque le feuillage est précisément l'attrait principal des hostas, la division est le remède le plus efficace pour leur redonner leur vigueur en quelques mois seulement.
La bonne nouvelle, c'est qu'on n'a souvent pas besoin de tout déterrer. Les hostas signalent eux-mêmes où une nouvelle section prend son indépendance : on repère un petit plant qui émerge à quelques centimètres de la plante principale. Il suffit de creuser autour, de sectionner le lien avec la plante mère et de repiquer ce jeune plant ailleurs.
Pour une intervention plus radicale, on peut déterrer toute la touffe, la soulever comme une motte et la découper en sections comme on trancherait un gâteau. On replante toujours à la même profondeur et on arrose généreusement.
8. Les asters
Les asters comptent parmi mes vivaces automnales préférées. Leurs fleurs en marguerite et leurs teintes électrisantes apportent un éclat incomparable en fin de saison. Ces plantes sont très longévives et peu exigeantes, mais la plupart ont besoin d'un coup de jouvence tous les trois à cinq ans.
En les divisant au printemps en touffes plus petites, on préserve leur santé et leur vitalité. L'avantage de diviser des plantes à floraison tardive à cette période est qu'elles ne sautent généralement pas leur saison de floraison — il leur reste suffisamment de temps pour récupérer avant d'entrer en fleur. Mais n'oubliez pas d'arroser régulièrement les nouvelles divisions !
9. L'anémone du Japon
Autre floraison automnale, l'anémone du Japon est une plante d'une grande robustesse. J'avais longtemps cru, à tort, qu'elle était difficile à diviser en raison de sa structure à pivot central. Jusqu'au jour où j'ai essayé.
Je me trompais complètement. On peut tout à fait diviser les anémones du Japon dès qu'elles forment une touffe mature. Ce qu'on divise, ce n'est pas le pivot lui-même — ce serait impossible et contre-productif — mais le bouquet de pivots qui se sont regroupés avec le temps.
Il suffit de couper l'ensemble en deux avec une pelle si la touffe est volumineuse, puis de soulever la section découpée. L'énergie accumulée dans ces racines pivotantes est telle que même les jeunes plants ainsi obtenus sont pratiquement garantis de fleurir dès cette année.
10. Le dianthus
Qu'on les appelle œillets, mignardises ou bravoure, les plantes du genre Dianthus apportent toujours quelque chose d'exceptionnel au jardin — souvent sous la forme d'un vase débordant de fleurs parfumées au cœur de l'été.
Si vous avez la chance de voir votre dianthus passer l'hiver (par temps rigoureux, il peut disparaître complètement sans protection), les "rejetons" qu'il produit autour de lui sont une véritable récompense. Et pas besoin de déterrer quoi que ce soit : on soulève simplement ces jeunes plants avec un maximum de leurs propres racines et on les transplante ailleurs.
Ils ne fleuriront pas nécessairement la même année — du moins, pas de manière significative — mais ils intégreront un cycle de floraison normal dès le printemps suivant.
11. Les hellébores
Les hellébores sont ce qu'on appelle des plantes éphémères. Bien qu'il s'agisse de vivaces qui reviennent fidèlement chaque année, leur cycle de vie est très court. Elles développent feuilles et tiges rapidement, fleurissent, montent en graines, puis disparaissent complètement sous terre jusqu'à ce que les conditions soient à nouveau réunies.
Cela signifie qu'il existe une fenêtre assez étroite pour les diviser : juste après la floraison, avant qu'elles ne se retirent sous la surface. Attention, les hellébores développent des racines profondes — comptez un peu plus d'effort pour les déterrer.
Au moment de repiquer les divisions, ne les enterrez pas trop profondément. Le collet (la base d'où partent les pousses) doit se trouver à peine deux centimètres sous le sol. Arrosez régulièrement pendant la reprise. Et ne vous inquiétez pas si vos hellébores tardent à atteindre le niveau de floraison des plantes matures — il leur faut parfois deux ans pour y revenir, ce qui est tout à fait normal.
12. La verveine de Buenos Aires (Verbena bonariensis)
La Verbena bonariensis est une vivace bien trop sous-estimée. Sa silhouette élancée et aérienne passe peut-être inaperçue dans une foule, mais on remarque immédiatement son absence quand elle n'est plus là. Fort heureusement, elle se ressème généreusement et assure elle-même une bonne partie de sa propagation.
Mais si l'on veut une verveine mature en fleur dès cet été, la division est la solution la plus sûre. Une plante bien installée produit ses propres rejetons tout autour de sa base. Il suffit d'en déterrer un, de le soulever et de le déplacer à l'endroit voulu.
Arrosé régulièrement, ce rejeton montera rapidement et fleurira cette même année dans de magnifiques teintes de violet électrique — peut-être un peu moins haut que sa plante mère, mais tout aussi spectaculaire.
13. La fraise des bois (Fragaria vesca)
Permettez-moi de glisser une comestible parmi ces vivaces ornementales. La fraise des bois, aussi appelée fraise sauvage, est un couvre-sol délicieux. Ses fruits, légèrement plus petits que les fraises cultivées, offrent une concentration de saveurs absolument remarquable.
À ne pas confondre avec la fausse fraise (Duchesnea indica), qui ressemble à la fraise des bois mais n'a pratiquement aucun goût.
Contrairement aux fraisiers cultivés qui se propagent par stolons aériens, la fraise des bois s'étend via des rhizomes souterrains, formant des touffes denses. Elle ne se répand pas à grande vitesse — ce qui est à la fois son charme et sa limite.
On peut soulever toute la plante et la diviser, ou simplement couper la touffe en deux avec une petite pelle à l'endroit naturel de séparation et ne déplacer que la moitié qu'on souhaite transplanter.
14. La tritome (Kniphofia)
Je classerais cette magnifique ornementale dans la même catégorie que les cannas. Ce sont toutes deux des vivaces aux allures tropicales qui poussent à partir de rhizomes. Une fois la tritome bien établie, elle commence à croître en touffe, émettant des rejets latéraux qui se transformeront progressivement en rhizomes de taille plus importante.
Cela signifie qu'on peut repérer où les nouvelles pousses émergent et les prélever sans avoir à déterrer toute la structure racinaire. Les tritomes reprennent généralement bien, mais il peut falloir quelques années aux jeunes plants pour atteindre la maturité florale.
15. Le coquelourde (Silene coronaria)
Je sais que diviser le coquelourde fonctionne parfaitement, car c'est précisément ainsi que j'ai obtenu le mien. Une âme généreuse avait déposé quelques jeunes plants dans une petite bibliothèque de plantes de quartier, à quelques rues de chez moi.
J'en ai ramené un chez moi, l'ai gardé en pot jusqu'à ce qu'il soit assez grand, puis l'ai transplanté au jardin. Il m'a fallu une année entière avant qu'il ne fleurisse dans une mer de bourgeons rose vif. Mais dès cette deuxième année, il a commencé à produire ses propres rejetons autour de sa base — quelques-uns seulement pour commencer, pas encore assez pour diviser.
J'ai donc laissé la touffe s'étoffer pendant encore deux saisons, puis j'ai entamé ma propre saga de division en prélevant les jeunes plants et en les installant dans d'autres coins du jardin. Cette année, j'en aurai suffisamment pour boucler la boucle et déposer mes propres plants dans la bibliothèque de plantes du quartier.
En résumé : pourquoi la division est la meilleure chose que vous puissiez faire ce printemps
Diviser ses vivaces au début du printemps, c'est multiplier ses plantes gratuitement, rajeunir les touffes fatiguées et obtenir des résultats bien plus rapides qu'avec des semis ou des boutures. Une pelle, un sécateur, un peu d'eau — et votre jardin se transforme en pépinière.
La règle d'or reste la même pour toutes ces vivaces : replanter à la même profondeur qu'avant, arroser généreusement après la division, et laisser la nature faire le reste.













