Ces arbres très répandus transforment votre jardin en terrain de chasse pour les frelons asiatiques

Pourquoi certains arbres du jardin favorisent la présence du frelon asiatique

Arrivé accidentellement en France aux alentours de 2004, le frelon asiatique s'est progressivement installé comme une menace réelle pour les apiculteurs, les amateurs de jardinage et l'ensemble de la biodiversité locale. On entend beaucoup parler de ses nids impressionnants suspendus en hauteur ou de ses attaques contre les abeilles. En revanche, on évoque rarement le rôle joué par certains arbres dans son quotidien.

Pourtant, plusieurs végétaux très courants dans nos jardins constituent de véritables ressources pour cet insecte : nectar, sève sucrée, fruits fermentés ou simples supports pour construire un nid. Ce sont autant d'arbres qui attirent les frelons asiatiques à votre insu. Il y a de bonnes chances que votre jardin en abrite déjà quelques-uns.

Le lierre, les saules et les arbres à sève : des sources d'énergie essentielles

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'adulte de Vespa velutina ne consomme pas la chair de ses proies. Il la réserve exclusivement aux larves. Lui, il carbure aux glucides : nectar, sève, jus de fruits sucrés. Dans cette logique, certains arbres et plantes deviennent des escales incontournables selon la saison.

En automne, le lierre grimpant (Hedera helix) occupe une place stratégique. Entre septembre et octobre, il figure parmi les rares végétaux encore en fleurs, avec des inflorescences particulièrement riches en nectar. Les futures reines, qui doivent constituer d'importantes réserves de graisses avant l'hiver, le fréquentent assidûment. Le lierre concentre aussi abeilles et pollinisateurs, offrant ainsi à la fois du sucre et des proies au même endroit. Un ballet dense de frelons au-dessus d'un massif de lierre indique souvent la présence d'un nid à moins de 500 mètres à la ronde.

Au retour des beaux jours, ce sont les saules — et notamment le Saule marsault — qui prennent le relais. Parmi les premiers arbres à fleurir au printemps, ils attirent les reines fondatrices tout juste sorties d'hibernation, affaiblies et avides de sucre pour lancer leur nid primaire. Lorsque les fleurs se font rares ou en période de sécheresse, le frelon adopte une autre stratégie : il lèche la sève qui perle sur les blessures d'écorce. Le chêne et le frêne constituent alors des stations d'alimentation de substitution. L'orme, plus rare depuis la graphiose, produit au printemps des liquides nutritifs qui exercent également un fort pouvoir d'attraction sur ces insectes.

Les arbres fruitiers, véritables aimants à frelons asiatiques

Dans un verger, plusieurs arbres fruitiers cumulent les avantages aux yeux du prédateur. Le figuier, avec ses fruits gorgés de sucre à la peau fine et facile à percer, représente une cible de choix. Le pommier et le poirier drainent les frelons dès que des fruits tombent ou sont entamés par des oiseaux : les insectes viennent y découper des lambeaux de chair sucrée avec une efficacité redoutable. Le kaki, quant à lui, offre des réserves tardives de glucides en fin de saison, prolongeant ainsi l'attractivité du jardin bien après l'été.

Le prunier mérite une attention toute particulière, surtout en mars. Les prunes oubliées sous l'arbre tout l'automne ont fermenté pendant l'hiver. Avec les premières chaleurs, elles dégagent un arôme doucereux presque imperceptible pour nos narines, mais absolument irrésistible pour les reines en quête de sucres rapides.

Ce signal olfactif naturel peut même être exploité pour piéger ces reines. Une recette simple consiste à écraser 5 à 6 vieilles prunes fermentées dans une bouteille, d'y ajouter environ 25 cl de bière, une cuillère de sirop sucré et un filet de vin blanc. Le dispositif, suspendu aux branches basses ou posé au pied de l'arbre, doit comporter des orifices d'environ 8 à 9 millimètres pour laisser entrer les reines, et des trous plus petits autour de 5 millimètres pour permettre aux insectes utiles de s'échapper. Ce type de piège doit impérativement être retiré après avril pour ne pas nuire au reste de la faune.

Gérer ces arbres sans sacrifier votre jardin

D'autres grands arbres ne nourrissent pas directement le frelon, mais lui servent d'abri. Plus de 70 % des nids sont découverts à plus de dix mètres de hauteur, fréquemment dans des peupliers ou des platanes. Leurs cimes denses et leur proximité avec des points d'eau en font des emplacements prisés, aussi bien en ville qu'en zone périurbaine. Les résineux comme les sapins et les cèdres présentent un avantage supplémentaire pour le frelon : leur feuillage persistant masque le nid même après la chute des feuilles des arbres voisins, repoussant souvent sa découverte jusqu'au cœur de l'hiver.

Face à un nid sphérique volumineux perché en hauteur ou à une activité particulièrement intense, il est fortement conseillé de faire appel à un professionnel. Intervenir soi-même avec une échelle reste une prise de risque sérieuse.

Gérer ces arbres ne veut pas dire les abattre. Ramasser régulièrement les fruits tombés sous le figuier, le pommier, le poirier, le prunier ou le kaki suffit à réduire les signaux olfactifs qui guident le frelon vers votre jardin. Pour le lierre, une surveillance attentive en automne et un éclaircissage modéré près des zones de vie limitent les nuisances, sans priver les pollinisateurs de cette ressource précieuse.

Couplés à quelques pièges ciblés au pied du prunier en début de printemps, ces gestes simples permettent de diminuer la pression des colonies sans recourir aux produits chimiques. Un jardin riche et diversifié attire par ailleurs des prédateurs naturels comme la Bondrée apivore ou certains oiseaux insectivores, qui contribuent eux aussi, discrètement mais efficacement, à réguler les populations de frelons asiatiques.

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