Ces reliques du jardin qui méritent qu'on s'y attarde
Tout au fond de nombreux cabanons, planqués derrière la dernière tondeuse à batterie, sommeillent de vieux manches en bois usés et des lames mangées par la rouille. Ces anciens outils de jardinage ont fidèlement servi des générations entières de jardiniers avant d'être mis au placard, remplacés par des engins motorisés plus rapides et bien plus confortables. On les croise encore parfois au hasard d'un vide-greniers ou dans le grenier d'une maison de famille.
Ce ne sont pas de simples vieilleries. Chacun de ces objets raconte une époque où tondre une pelouse ou entretenir une haie réclamait un effort physique considérable. Certains ont disparu parce qu'ils abîmaient la terre, d'autres parce qu'ils étaient trop lents ou franchement dangereux. Quelques-uns survivent encore dans des jardins passionnés, chez des brocanteurs ou dans des musées, prêts à piquer la curiosité des visiteurs.
Comment ces outils ont progressivement déserté nos jardins
La motorisation est la première grande responsable. La faux et la faucille, autrefois reines des prairies et des bordures, ont capitulé devant les tondeuses, débroussailleuses et coupe-bordures. La tondeuse hélicoïdale à pousser, qui ne fonctionnait vraiment bien que sur un gazon ras et parfaitement régulier, a été supplantée par les modèles rotatifs électriques ou thermiques, capables d'avaler herbe haute et petits débris sans rechigner.
L'ergonomie et la sécurité ont également tout bouleversé. Le rouleau à gazon permettait d'aplatir les bosses, mais compactait le sol au point d'étouffer les racines en profondeur. La demi-lune à gazon, le tire-pissenlit ou le désherbeur « spud » condamnaient le jardinier à passer des heures courbé en deux, le nez dans la terre. En Sarthe, le Jardin d'Éole dispose d'un musée dédié aux anciens outils de jardinage qui conserve ces témoins d'une autre époque. « Le but est de partager notre passion », expliquait Serge Denoix.
15 anciens outils de jardinage tombés dans l'oubli et leurs remplaçants actuels
Voici un panorama des outils qui ont quasiment disparu de nos jardins, accompagné de ce qui a pris leur place aujourd'hui.
- Faux : remplacée par la tondeuse moderne.
- Faucille : supplantée par la débroussailleuse.
- Tondeuse hélicoïdale manuelle : dépassée par la tondeuse électrique.
- Demi-lune à gazon : remplacée par la bordureuse motorisée.
- Rouleau à gazon : remplacé par un nivelage ciblé du sol.
- Seringue de jardin en métal : supplantée par le pulvérisateur à pression.
- Cloche de jardin en verre : remplacée par le tunnel ou la cloche en plastique.
- Plantoir à semis : supplanté par la transplanteuse ou la tarière.
- Redresseur de concombres : abandonné au profit de la culture au naturel.
- Sécateur sur perche manuel : remplacé par la perche élagueuse motorisée.
- Billhook : supplanté par la tronçonneuse ou la débroussailleuse.
- Désherbeur « spud » : remplacé par le désherbant ou le coupe-bordures.
- Aérateur manuel étoilé : supplanté par l'aérateur motorisé.
- Cisailles à haies manuelles : remplacées par le taille-haies électrique.
- Tire-pissenlit : supplanté par le pulvérisateur sélectif.
Certains de ces outils ont disparu pour de très bonnes raisons. Les cloches en verre, aussi jolies que des fromagers d'époque victorienne, protègent bien quelques plants mais se brisent facilement et coûtent cher à remplacer — là où un simple tunnel plastique couvre toute une rangée de légumes. Les seringues de jardin en cuivre ou en laiton sont devenues de magnifiques objets décoratifs, mais leur faible contenance et leur pression irrégulière les rendent bien peu compétitives face aux pulvérisateurs modernes.
Que faire concrètement de ces vieux outils redécouverts
Ces objets ne sont pas condamnés à finir à la déchetterie. Beaucoup se prêtent à merveille à la décoration : alignés sur un mur de grange, fichés en bordure comme tuteurs de rosiers, ou recyclés en patères dans une cabane de jardin. Au Jardin d'Éole, un pagoscope datant de 1914, un arrosoir en terre cuite du XVIIIe siècle et des cueille-fleurs du XIXe ont trouvé une seconde vie en vitrine, aux côtés de l'un des tout premiers sécateurs Arnheiter, horticulteur du Roi.
Certains peuvent même reprendre du service de temps en temps. Un plantoir à semis reste imbattable pour semer en ligne droite dans un carré potager, un aérateur manuel léger évite la compaction sur une petite surface, et un billhook bien affûté débroussaille un coin difficile sans essence ni batterie. « J'ai commencé par écumer les vide-greniers et maintenant, je suis contacté directement par des brocanteurs et antiquaires, mais les prix ne sont pas les mêmes, il faut que je me calme », confie un collectionneur passionné. Entre brocantes, friperies et cabanons familiaux, ces anciens outils de jardinage n'attendent qu'une chose : que quelqu'un daigne enfin les remarquer à nouveau.












