Un jardin secret au cœur des Highlands
Quelque part dans les Highlands écossais, derrière d'épais murs de pierre, se dissimule un jardin clos que peu de voyageurs imaginent trouver ici. Cet espace muré appartient au château de Ballindalloch, en Speyside, et son histoire est surprenante : autrefois simple potager, il s'est transformé en un écrin fleuri d'une intimité rare. Les visiteurs qui le découvrent en ressortent souvent changés, loin des grandes perspectives majestueuses qu'on associe d'ordinaire aux châteaux d'Écosse.
C'est la jardinière américaine Nancy Mellen qui a mis des mots sur cette expérience. À l'automne 2025, elle voyageait en Écosse avec son mari et quatre amis australiens. Châteaux, jardins, paysages : le programme était chargé. Mais c'est Ballindalloch, près de Grantown-on-Spey, qui l'a le plus marquée, au point qu'elle en a témoigné dans la rubrique Garden Photo of the Day de Fine Gardening.
Ballindalloch, un domaine entre deux rivières
Le château de Ballindalloch occupe un site remarquable dans la vallée de la Spey, au nord-est de l'Écosse. Le domaine s'étend entre la rivière Spey et la River Avon, un affluent d'environ 61 kilomètres, où les eaux vives contrastent avec la rigueur géométrique des jardins soigneusement tracés. La forteresse elle-même remonte au XVIe siècle, mais l'essentiel de l'aménagement paysager date du XIXe siècle, à la suite de grands travaux réalisés vers 1850.
Le domaine propose une belle diversité végétale : rocailles, massifs de vivaces, promenades au bord de l'eau. Pour rejoindre le jardin clos, situé au nord du château, on longe une allée plantée d'arbres qui débouche sur une arche de cytise dorée. Au printemps, cette arche se couvre de fleurs avant de laisser apparaître les pelouses et les façades de pierre claire.
De l'ancien potager à la roseraie des quatre saisons
À l'origine, ce jardin clos remplissait une fonction strictement nourricière. Ses murs épais protégeaient légumes et arbres fruitiers des vents impitoyables des Highlands. Tout change en 1996, année du 450e anniversaire du château : Clare Russell et l'équipe de jardiniers décident de le métamorphoser en une vaste roseraie. L'organisme Discover Scottish Gardens le qualifie désormais d'« oasis de fragrance et de beauté », une expression qui dit beaucoup sur la transformation radicale de cet espace.
Ce qui frappe Nancy Mellen en le parcourant, c'est la façon dont la structure formelle du jardin raconte le temps qui passe. « Dans les quatre coins du jardin clos se trouvaient des jardins circulaires, chacun orné d'une statue représentant l'une des quatre saisons. Chaque espace utilisait des roses et des vivaces différentes pour entourer la statue. » Ce principe simple donne un rythme clair à l'ensemble et invite à se déplacer d'une scène à l'autre, en suivant le cycle naturel des floraisons.
Rosiers grimpants, clématites et fontaine centrale
Passée l'arche de cytise, on entre véritablement dans le jardin clos. Nancy Mellen décrit l'effet immédiat avec des mots très parlants : « Tous les murs et les tonnelles étaient couverts de roses grimpantes et de clématites. » Les surfaces de pierre disparaissent sous un manteau de couleurs et de parfums, transformant l'enceinte en une véritable pièce à ciel ouvert. Même lorsque toutes les roses ne sont pas encore en fleurs, la profusion végétale reste saisissante.
Au centre du quadrilatère, une fontaine entourée d'un bassin constitue le point d'ancrage de toute cette composition. « Des sièges permettaient aux visiteurs de s'asseoir et de profiter de la vue », précise-t-elle. Autour, des rosiers arbustifs forment des massifs denses aux coloris variés. Pour tout jardinier en quête d'inspiration, ce lieu est une mine : fontaine centrale, bancs intégrés, murs habillés de grimpantes, petits jardins thématiques en coins… autant d'idées concrètes et adaptables à bien des échelles.












